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Saint-Etienne: comment la difficile vente des Verts a exacerbé les tenions entre Romeyer et Caïazzo

Saint-Etienne: comment la difficile vente des Verts a exacerbé les tenions entre Romeyer et Caïazzo

Associés à l’AS Saint-Etienne depuis 2004, Roland Romeyer et Bernard Caïazzo, présidents du directoire et du conseil de surveillance, n’ont toujours pas vendu le club, onze mois après avoir annoncé en grandes pompes "un passage de témoin à un nouvel actionnaire". A la veille du 124e derby à Lyon, RMC Sport a cherché à savoir pourquoi ce feuilleton, aux multiples épisodes, n’a pas à ce jour trouvé d’épilogue alors que la situation sportive n’a de cesse de se dégrader.

Officiellement, ni l’un, ni l’autre n’a freiné le processus de vente tout au long de l’année 2021. Roland Romeyer l’a dit clairement au Progrès le 7 janvier dernier : "Non, ni Bernard, ni moi, ne voulons une place dans le futur organigramme. Nous ne désirons pas de strapontins. Il faut juste amener de l’argent", a ainsi répondu le président du directoire de l’ASSE en évoquant, par son prénom, son historique associé, Bernard Caïazzo, président du conseil de surveillance, selon une organisation mise en place en 2010, moins de dix ans après leur "mariage" économique entre 2003 et 2004.

Derrière le rideau, cette vérité ne se dessine pas vraiment. Et rien ou presque ne semble coller à cette version idyllique. Car les langues se délient au fil des actes (manqués) qui rythment ces onze derniers mois, depuis ce mardi 13 avril 2021 dans la soirée quand les deux actionnaires font passer aux médias suivant le club aux dix titres de champion de France, une lettre où le mot "vente" n’apparaît pas expressément. Il est toutefois question de "passage de témoin", afin "d’assurer la continuité et le développement de notre club, nous avons confié à KMPG, la mission de sélectionner le meilleur investisseur." La société KMPG, un cabinet d’audit anglo-néerlandais réputé est chargé du dossier : "S’ils avaient voulu vraiment vendre, ils auraient mandaté une banque d’affaires habituée à ce type de transaction", note déjà, à l’époque un expert dans la vente d’entreprises. Mais puisque c’est la marche à suivre décidée par les "vendeurs", il faudra en passer par là. Les candidats suivent donc le processus…

Mais des candidats, il y en a déjà qui en coulisses ont pris langue avec des proches du club, pour leur exposer leurs envies, atouts et programmes. RMC Sport évoque en mai, après avoir rencontré ses représentants français, l’intérêt d’une société asiatique. Des rendez-vous "en présentiel" sont ainsi fixés et tenus dès l’automne… 2020, bien avant cette annonce. Un autre candidat, une société américaine qui veut créer via la Suisse une entreprise d’entertainment en partant de l’ASSE, avance ses pions à l’été 2021. Quand d’autres projets plus locaux sondent aussi la volonté des actionnaires avant de déposer quelques premières pièces pour crédibiliser leurs offres aux spécialistes de KMPG.

"On passe 1m25, on demande 1m30"

A chaque fois, chez ces potentiels acquéreurs, le même sentiment domine et reste vivace quand RMC Sport les contacte de nouveau en ce début d’année 2022: Roland Romeyer, aux manettes et en "présentiel" puisque basé sur Saint-Etienne souhaite vraiment vendre, mais son associé, Bernard Caïazzo, expatrié à Dubaï est moins sûr de lui sur cette volonté de s’échapper du milieu du football et de la Ligue. "C’est comme dans un concours de saut en hauteur, image un suiveur attentif des dossiers : on demande de passer une barre placée à 1m20 pour gagner la compétition. On s’entraîne, on s’exécute, on réussit. Et d’un coup, on demande une autre barre à 1m25. Rebelote, on passe 1m25, on demande 1m30. C’est épuisant…"

L’un des concurrents, le fonds asiatique jette l’éponge au début de l’été 2021 : "D’échanges en visio, entre novembre 2020 et juin 2021, il fallait à chaque fois amener d’autres garanties, sans jamais à l’étape d’après avoir accès à la Dataroom, se souvient l’un des acteurs du dossier. Mon donneur d’ordres, une grande fortune du continent asiatique, peu au fait de ce type de fonctionnement dans ses affaires, en a pris ombrage en estimant ne pas être respecté." Dans presque tous les cas, Roland Romeyer œuvre, vraiment pour ce "passage de témoin." Il honore quelques rendez-vous avec les candidats, notamment les "locaux", une opération facilitée par la proximité géographique quand son compère vit à des milliers de kilomètres du Forez. Il veut aller vite et bien avec l’idée que les repreneurs assurent la pérennité des Verts d’autant que les semaines n’arrangent pas son moral, en baisse au fil des résultats en berne de "son" équipe, lui le fan absolu de l’ASSE dont il a le logo, tatoué sur une épaule.

Saint-Etienne: comment la difficile vente des Verts a exacerbé les tenions entre Romeyer et Caïazzo

Bernard Caïazzo est plus "détaché" de ce quotidien, l’éloignement y est pour beaucoup: "Je n’ai jamais vu le bout de son nez", confirme un candidat au rachat. Détaché mais actif. Il orchestre ainsi quelques "coups" comme cette surréaliste venue d’un aéropage de personnes derrière Roman Dubov, président de Total Sports Investments en novembre lors de ASSE-PSG (1-3) : "Les Russes sont simplement venus voir un match de Messi", persiffle un connaisseur local... D’autant que c’est quelques jours après que KPMG ait recalé les potentiels acheteurs qui avaient eu droit à l’accès à (une partie de) la dataroom , il faut montrer qu’on veut quand même vendre.

"C’est le froid polaire"

De là à penser que Bernard Caïazzo, en coulisses, ne fait rien pour faciliter les choses et gagner du temps, des proches des dossiers le pensent en off : "Il espère en la société commerciale qui sauvera le foot français et donc l’ASSE et donc ses parts du gâteau et donc sa présence dans le foot français", analyse une source.

Mais le temps n’arrange pas les affaires sportives, l’embellie des deux matches gagnés en novembre face à Clermont (3-2) et à Troyes (0-1) s’évapore dans une autre série en cours de six défaites consécutives depuis le succès dans l’Aube, le 21 novembre… Et cela mine encore plus le "local", Roland Romeyer, très marqué par la situation sportive et de la vente au point mort, un peu à cause de son compère : "C’est clair que si les deux étaient sur la même longueur d’ondes, l’affaire était réglée depuis longtemps", juge une source bien informée des avancées des dossiers qui évoque une "vraie dissonance, une vraie cassure" entre les deux hommes.

"C’est le froid polaire", constate un familier tandis que le pole "sportif" rassemblé aux côtés du troisième homme, Jean-François Soucasse, président exécutif depuis le 1er juillet 2021 a créé une bulle autour du nouveau staff et Pascal Dupraz, qui comme Loïc Perrin qui a accepté la mission, jusqu’au 30 juin prochain de sauver le club, ne sont focus que sur le sauvetage de la place en Ligue 1 de l’ASSE. Et la bulle sanitaire ne vaut pas uniquement pour ce fichu virus qui infeste la vie du patron du sportif : "De toutes les façons, les joueurs ne parlent pas de ce pan de la vie du club, ils sont comme tous les footballeurs, de passage et dans une mission…", témoigne-t-on en interne. Les salariés non plus, assure-t-on ne sont atteints par cette "non-vente" : "On vit avec depuis quelques années déjà… sourit l’un d’eux. J’ai l’impression que cela fait 15 ans qu’on en parle." Pas tant que cela mais depuis 2018 au moins que ce serpent de mer nourrit la chronique stéphanoise avec les contacts à l’époque avec Peak 6.

"Ils n’ont pas la même vision sur le profil des futurs acquéreurs"

Des mois, des semaines et des jours maintenant qui usent vraiment, tout comme ces "17 ans de mariage" entre les deux hommes, associés depuis 2004 et co-gouveneurs depuis 2010. "Cela laisse des traces, c’est la fin de leur histoire et Roland en a "gros sur la patate" de l’attitude à ses yeux, au mieux indélicate de son co-actionnaire, estime un visiteur du soir de l’Etrat qui voit en l’absence de Romeyer dans la corbeille présidentielle à Geoffroy-Guichard, lors du dernier match de Ligue 1, ASSE-Lens la concrétisation de son mal être actuel, amplifié par sa sortie d’un match juste avant Noël par des mots peu amènes des fans devant le portail de Geoffroy-Guichard. La gouvernance des Verts épouserait donc les contours de l’époque… covidée : Roland Romeyer subit tout en "présentiel" quand son associé vit en "distanciel" ce désamour grandissant : "Lui, il prend tous les coups, il dort peu et lui, veut pérenniser le club avec des vrais connaisseurs et si possible, des amoureux des Verts quand l’autre joue la montre pour sauver ses affaires", résume une source quand une autre affine : "Ils n’ont pas la même vision sur le profil des futurs acquéreurs."

Terminé donc le temps béni de ce duo qui à l’image des comparses de la série "Amicalement vôtre", Lord Brett Sinclair (Roger Moore) et Dany Wilde (Tony Curtis), arrivait toujours à s’entendre au final après avoir utilisé des manières différentes, voire aux antipodes au départ : "Ils se nourrissaient toujours l’un l’autre, car le choix de l’un, s’il était judicieux, permettait à l’autre de se ranger au final derrière lui ; à l’inverse, une mauvaise décision permettait à l’autre de se défausser. "Le fossé s’est creusé depuis le départ de Christophe Galtier, rembobine un éminent connaisseur de la chronique verte. Il y a eu, parmi beaucoup qui s’entasse dans la boîte à souvenirs des suiveurs, l’épisode Oscar Garcia que choisit Caïazzo, dans une forme de mode à l’époque de l’entraîneur étranger." Roland Romeyer raconte souvent la suite en privé : "Il m’oblige à aller à Barcelone pour concrétiser le deal, je discute avec ses agents dans un salon à l’aéroport et quand on est d’accord, Oscar Garcia débarque pour signer sans vraiment de discussion avec lui…"

"Une vente sur pause mais inéluctable"

La suite, c’est le 0-5 dans un derby de novembre 2017 et la rupture avec le technicien espagnol. Roland Romeyer place son pion, Julien Sablé, alors au centre de formation. Bernard Caïazzo n’aura de cesse de vouloir installer Jean-Louis Gasset en décembre tout en rappelant… Christophe Galtier, parti un an avant la fin de son contrat en mai de la même année et à l’époque pas encore assis sur le banc d’entraîneur au LOSC. Facétie de l’instant : le président du conseil de surveillance n’avait de cesse de critiquer en privé, Christophe Galtier pour son jeu défensif. Idem pour la succession de Jean-Louis Gasset avec à chaque fois, une vision dissociée des associés : là où l’un imagine que les années Galtier (victoire dans la Coupe de la Ligue en 2013 et série de matches en Europa League) rapprochent de la Ligue des champions et qu’il faut donc être plus ambitieux (et donc plus dépensier…), l’autre pense que l’environnement économique dans la Loire freine forcément ce cap… "Le fossé s’est creusé alors que jusque-là, chacun était le paratonnerre de l’autre", image encore un habitué.

Alors au milieu de cet état de fait, avec un élan sportif de la dernière chance à lancer, pourquoi pas dans le 124e derby ce vendredi, où en est la vente ? Forcément sur pause, à moins de cinq mois de la fin de la saison et donc de la certitude de l’étage où l’ASSE sera en juin 2022, le processus est en sommeil : "Qui veut mettre des dizaines de millions d’euros à l’instant T quand cela vaudra beaucoup moins au printemps, interroge un acteur économique local. Même quelqu’un de "sérieux" (car il a le projet et les moyens vérifiés) qui veut mettre 80 millions maintenant n’apparaîtra justement pas comme… sérieux !"

Car même si le pire n’est jamais certain, le scénario d’une descente en Ligue 2 n’est plus à exclure. Et là, il faudra du courage au repreneur, explique un spécialiste des reprises d’entreprise. Car il faudra aussi gérer la baisse de train de vie d’un étage à l’autre. Et là, cela veut dire de passer d’un budget de 65M€ à une quizaine. Personnellement, je ne sais pas faire…"

La vente est donc sur pause, mais pas gelée car elle est inéluctable, économiquement parlant. Le feuilleton n’a donc pas fini d’occuper les écrans radars des suiveurs et des supporters des Verts, qui le temps d’un match ce vendredi soir à 65 kilomètres de là, changera la tête de tout le monde avec l’espoir qu’un derby peut toujours lancer une dynamique que la chronique installerait alors au tableau de l’histoire de la rivalité débutée en 1951…

Edward Jay

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