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Se ruiner pour une promesse | La Presse

Se ruiner pour une promesse | La Presse

Imaginez un gouvernement qui prépare le projet d'infrastructure le plus onéreux de sa génération.

Publié le 5 nov. 2021

Il promet de le construire, peu importe le coût, peu importe l’utilité, peu importe l’impact environnemental.

Insensé, n’est-ce pas ?

C’est pourtant ce que le gouvernement caquiste fait avec le troisième lien entre Québec et Lévis.

Même si la facture devait doubler, il le fera.

Même si les experts évaluent que la congestion routière ne diminuera pas à long terme, il le fera.

Même si les études environnementales sont critiques, il le fera aussi.

Je remonte dans l’histoire, je cherche des cas semblables, et je n’en trouve pas.

François Legault avait lancé la promesse lors de la dernière campagne électorale. Le coût était alors évalué à 4 milliards. La nouvelle estimation, frais connexes compris, s’élève à 9,7 milliards. Et la facture devrait augmenter, car l’étude d’opportunité n’a même pas encore été déposée.

C’est énorme.

À titre de comparaison, le complexe hydroélectrique de la Romaine coûtera 7,2 milliards, et ses centrales alimenteront l’équivalent de 470 000 résidences. Autre exemple : le plan pour verdir l’économie de tout le Québec prévoit un budget de 6,7 milliards sur cinq ans.

À lui seul, le troisième lien coûtera plus cher. De combien ? La CAQ l’ignore, et cela ne la préoccupe pas. Elle n’impose aucun plafond !

Pourtant, les dollars sont minutieusement comptés pour des projets plus écologiques comme le tramway de Québec et le prolongement du métro à Montréal.

Tout ça pour quoi ? On l’ignore…

Selon Québec, le troisième lien pourrait réduire la durée du trajet d’un modeste 15 %, pour ses 55 000 utilisateurs. Cette étude reste confidentielle. Si elle était fiable, le gouvernement ne se gênerait pas pour la dévoiler…

Les experts sont sceptiques. Tous les experts, en fait. Aucun n’appuie le projet.

Se ruiner pour une promesse | La Presse

Je répète : ce qui pourrait devenir le plus gros projet du Québec contemporain n’est appuyé par aucun expert en urbanisme ou en planification des transports.

À peine 2,3 % des résidants de la Capitale-Nationale passent plus d’une heure par jour dans leur voiture. Depuis 20 ans, la circulation a très peu augmenté sur le pont Pierre-Laporte (1,1 %) et le pont de Québec. Et la population active sur la Rive-Sud diminuera d’ici 2040.

Il ne s’agit pas de réparer un tronçon existant, comme dans le cas de l’ancien pont Champlain. On ajoute à la capacité routière. Pourtant, l’agglomération de Québec est parmi celles qui comptent le plus de kilomètres d’autoroute par habitant au pays, et le moins de transports en commun.

Voilà ce qui justifie selon François Legault de creuser sous le fleuve ce mastodonte à deux étages, dont quatre des six voies seront pour les voitures. Il nécessitera le plus gros tunnelier au monde. Tout cela pour réduire la congestion de façon temporaire, avant qu’elle ne revienne à la normale à long terme à cause du « trafic induit ».

LISEZune entrevue sur le trafic induit (Université Laval)

Et l’environnement ?

Le ministre qui en est responsable, Benoit Charette, expliquait en début de mandat qu’il n’avait pas besoin d’études pour conclure que le projet serait « vert ».

Son argument : les véhicules seront électriques. Ce n’est pas sérieux. D’abord, des véhicules à essence continueront d’être vendus jusqu’en 2034 et certains rouleront encore après 2040.

Ensuite, même si tous les modèles devenaient électriques demain, il y aurait encore un problème d’étalement urbain, de perte de zones agricoles et de destruction de milieux humides, destruction que la CAQ a d’ailleurs facilitée en affaiblissant la réglementation.

Cela aide à comprendre la démarche d’Ottawa.

Le ministre fédéral de l’Environnement, Steven Guilbeault, veut réaliser sa propre étude.

La nouvelle loi sur les évaluations, en vigueur depuis 2019, lui donne ce pouvoir. Ottawa l’a utilisée pour un projet d’autoroute en Ontario, et il veut le faire aussi pour le troisième lien.

Aux yeux de François Legault, ce serait une attaque contre la Nation. Pourtant, l’étude fédérale ratisserait plus large. Elle évaluerait l’impact de la route sur le climat et sur les écosystèmes de la région. Le Centre québécois du droit en environnement la réclamait donc.

Je sais, le gouvernement centralisateur de Justin Trudeau s’immisce souvent sans gêne dans les compétences du Québec. Mais dans ce cas-ci, c’est différent.

L’environnement est une compétence partagée. De plus, on lui demande de signer un chèque d’environ 4 milliards. Et ce, en puisant dans une enveloppe destinée aux infrastructures vertes. Cela signifie que l’argent allant au troisième lien réduirait les sommes disponibles pour les transports en commun ailleurs au pays.

À la COP26, M. Legault nous invite à ne pas être « écoanxieux ». Soyons « fiers », dit-il, en vantant le bilan québécois, le meilleur en Amérique du Nord. Selon lui, le Québec fait « sa part ».

Qu’on soit d’accord ou non avec M. Legault, cela ne change rien au problème : la crise climatique occasionne déjà des coûts à cause de l’érosion des berges, des fondations des maisons qui se fissurent, des routes submergées, des inondations, de la fonte du pergélisol ou encore des canicules qui accablent les gens vulnérables. La facture annuelle pourrait dépasser 1 milliard par année.

LISEZle rapport du Bureau de projet des changements climatiquesDÉCOUVREZ le rapport de l’Union des municipalités du QuébecCONSULTEZle rapport de l'Institut canadien pour des choix climatiques

Même si le Québec ne voulait rien faire de plus contre le réchauffement, d’un point de vue strictement égoïste, il serait payant d’investir en prévention pour minimiser ces dégâts.

Quant à la congestion dans la Capitale-Nationale, des solutions moins coûteuses existent sans doute pour désengorger les routes et améliorer les transports en commun.

L’argent englouti dans ce projet pharaonique servirait mieux à autre chose comme rénover des écoles, construire des résidences pour aînés ou atténuer les effets du réchauffement.

La grande faille du troisième lien, elle est là : dans le coût d’opportunité.

Je ne peux pas croire que ce gouvernement de comptables l’ignore.

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