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"Les collègues sont indispensables dans la libération de la parole des doctorants victimes de situations abusives" | larecherche.fr

"Les collègues sont indispensables dans la libération de la parole des doctorants victimes de situations abusives" | larecherche.fr

La Recherche - Votre livre est le fruit d’une enquête en ligne sur les conditions de travail des jeunes chercheurs. Il montre, à travers trois témoignages immersifs et des dizaines d’autres dont vous publiez des extraits, un certain nombre de situations abusives, de dysfonctionnements. Lesquels ?

Adèle Combes - Il y a tout d’abord ce qui relève de la sphère sexuelle. Il peut s’agir d’un commentaire non désiré sur le physique ; de questions intimes, intrusives, sur la vie personnelle ; de chantage sexuel, ou de représailles suite au refus d'une relation amoureuse ou sexuelle. Et cela peut aller jusqu'au viol ou à la tentative de viol. Dans mon enquête, neuf personnes, en l'occurrence uniquement des femmes, déclarent ainsi avoir été victime d’un viol ou d’une tentative de viol durant leur doctorat, par leur directeur de thèse, par un directeur de site, par des collègues...

Il y a ensuite des situations à caractère sexiste. C’est, par exemple, estimer qu’une femme ne serait pas capable de réparer une machine qui est tombée en panne dans un laboratoire, mais lui demander en revanche d’apporter le café ou de passer le balai après une journée de manips ; refuser de donner la parole à des doctorantes, ou la leur couper quand elles l’ont ; ou bien encore renvoyer les chercheuses qui réussissent à leur genre, en décrédibilisant ce qu'elles disent, ou en remettant en question leurs compétences, en expliquant, par exemple, que si elles ont obtenu un poste, un financement, c'est à cause de la discrimination positive, parce qu'on veut plus de femmes dans la recherche…

Mais les situations abusives à connotation sexuelle ou sexiste ne constituent qu’un aspect des dysfonctionnements que je relève. Le livre évoque toutes les formes d'abus de pouvoir que l’on peut rencontrer dans la recherche : le harcèlement sexuel et le sexisme donc, mais également le harcèlement moral et, plus largement, les violences psychologiques, comme le vol de travaux, l’abandon / l’absence d’encadrement ou, à l’autre extrême, le flicage, les critiques injustifiées et non-constructives, les cris ou les insultes, le refus du droit à la déconnexion, les interdictions de prise de congés, etc.

Cette liste de dysfonctionnements, vous l’avez établie au terme d’une enquête menée grâce à un questionnaire en ligne. Expliquez-nous en quoi consistait celui-ci.

Au départ, je m’étais dit que j’allais créer un questionnaire court, informel. Mais en discutant avec des personnes que j’avais contactées sur les réseaux sociaux, je me suis rendu compte que ce phénomène de harcèlement, que je pensais être confidentiel, isolé – une sorte de faute à pas de chance dans certains rares laboratoires –, ne l'était pas du tout. Certes – et j'insiste –, pour beaucoup de doctorants, cette période se passe bien. Mais, pour nombre d'autres, c'est une expérience abusive. Et moi, je voulais mieux comprendre ce phénomène, et aussi le quantifier.

À force de recherches, j'ai fini par trouver un questionnaire, établi au milieu des années 1980 par un psychosociologue suédois, Heinz Leymann, qui permettait de quantifier les violences psychologiques au travail. Je l'ai réutilisé en l'adaptant et en lui ajoutant des questions spécifiquement adaptées à des situations abusives que l'on peut rencontrer dans le monde de la recherche : typiquement, on s'approprie tout ou partie de mon travail, on change ma place ou on me retire de la liste des auteurs d'un article, on m'interdit d'assister à des congrès, etc. Au final, mon petit questionnaire que je voulais sans grande prétention s'est transformé en un questionnaire de 200 questions ! Pour la plupart, il s’agit de questions conditionnelles : on répond oui ou non, et si l’on répond oui, cela ouvre sur d’autres questions destinées à approfondir la thématique (préciser le type de violence subi, le ou les auteurs de ces violences, la fréquence de ces violences, etc.).

Comment vous êtes-vous assurée de la pertinence de votre questionnaire ?

Il est vrai que, n'étant pas une professionnelle de la psychologie ou de la sociologie, j'ai ressenti le besoin d'avoir l’avis de personnes qualifiées. C'est pour cela que j'ai collaboré avec l'association Doctopus. Doctopus est une association de docteurs et doctorants en psychologie qui, eux, sont au fait de ces techniques d'enquête. Ils ont relu le questionnaire, ont vérifié les questions et m’ont conseillé sur certains aspects. Typiquement, c'est eux qui m'ont dit qu'il fallait ajouter la définition du harcèlement moral et du harcèlement sexuel selon la loi. Ou alors, pour toutes les personnes qui ont signalé des problèmes de santé, des problèmes et des actions de harcèlement qui tombent sous le coup de la loi, ils m'ont conseillé d'ajouter dans le questionnaire une incitation à contacter le médecin du travail, le comité d'hygiène et de sécurité ou un avocat.

Combien de personnes ont-elles répondu à ce questionnaire, et quel était leur profil ?

1877 personnes l'ont entièrement complété. La majorité d’entre elles sont des femmes : environ 63 %, contre 36 % d'hommes et moins d'1 % de personnes se déclarant comme non-binaire [personnes ne s'identifiant ni strictement homme, ni strictement femme, mais entre les deux, un mélange des deux, ou aucun des deux, ndlr]. Toutes les spécialités sont représentées, avec un équilibre quasi parfait – presque du 50-50 – entre les répondants issus de filières en sciences dites humaines (SHS, droit, politique, etc.) et ceux issus de filières en sciences dites "dures" (physique, chimie, mathématiques, agronomie, géologie, santé, etc.) (une répartition assez proche de la réalité, où l’on compte 53 % de doctorants en sciences exactes, de la vie et de la santé et 47 % en sciences humaines, sociales et de la société d’après les statistiques 2019-2020 du Ministère de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation, ndlr). Les doctorants forment la catégorie la plus nombreuse parmi les répondants, mais on compte aussi des docteurs, dont beaucoup ayant terminé leur thèse ces dernières années. J'aurais aussi voulu avoir le retour de plus de personnes ayant abandonné leur doctorat ou ayant été licenciées, parce qu’il me semble très important de comprendre les raisons de ce phénomène loin d’être négligeable en France – on parle d’un taux de 25 % d’abandon, toutes spécialités confondues. Malheureusement, ils ne constituent que 2% des répondants. Cette sous-représentation fait que tout un pan des difficultés peut avoir été sous-évalué…

Pourquoi avoir rendu ce questionnaire anonyme ?

C'est une question qui m'a trotté dans la tête vraiment longtemps. La principale raison qui m’a fait opter pour cette solution, c’est que, ayant déjà commencé à faire des interviews pour recueillir des témoignages, je pouvais très clairement observer une autocensure, une peur de se livrer à visage découvert et d’être ensuite victime de représailles. Et donc, je me suis rendu compte que si je faisais un questionnaire nominatif, énormément de personnes allaient s'autocensurer ou tout simplement ne pas répondre. L’anonymat, c’était une manière pour moi de mettre les gens en confiance.

Ne craignez-vous pas que cela puisse avoir faussé votre enquête ?

Je sais que l'anonymat peut poser problème : on peut s’en servir pour répondre tout et n'importe quoi, pour noircir le tableau ou, au contraire, pour l’embellir. Je suis partie du principe que, quand même, c'est un questionnaire qui prend à peu près une demi-heure à remplir. S'il y a des gens qui ont envie de perdre une demi-heure de leur vie à cela, dans le seul but de fausser les résultats, c'est leur choix. Mais je pense que c'est un phénomène à la marge et que le fait d’offrir aux victimes la possibilité de se livrer en toute confiance dépasse ce risque infime de faux témoignages.

Revenons aux dysfonctionnements que vous avez identifiés. Dans quelle mesure sont-ils répandus, d’après votre étude ?

25 % des répondants à l’enquête rapportent avoir subi une situation à connotation sexuelle ou sexiste au moins une fois durant leur doctorat et 20 % disent avoir été victimes de harcèlement moral. Ce sont des chiffres importants mais ils concordent, par exemple, avec l’enquête publiée par la revue Nature, en 2019, où l’on comptabilisait un total de 21 % des doctorants (sur plus de 6 300 répondants du monde entier) déclarant avoir vécu du harcèlement durant leur doctorat.

Aux 20 % qui affirment avoir été confrontés à du harcèlement moral, s’ajoutent 10 % qui n'en sont pas sûrs. C’est une statistique intéressante, en ce qu’elle montre qu’il reste, à mon sens, beaucoup de formation à faire sur ce qu'est le harcèlement moral, ce que sont des situations inacceptables dans le monde du travail. Par exemple, on a encore du mal, dans le monde de la recherche, à considérer comme abusif le fait de se voir refuser des congés après plusieurs mois de travail sans repos. Cela tient en partie au fait que ce milieu est exigeant, compétitif. C’est une filière d’excellence d’un point de vue intellectuel, et elle doit le rester. Le problème c’est que, parfois, sous le prétexte de cette exigence intellectuelle – indispensable –, on fait subir aux doctorants une exigence psychologique et physique extrêmement forte. C’est un glissement dangereux, contre lequel il faut lutter.

Vous avez également mesuré l’impact de ces situations abusives sur la santé, notamment psychologique, des jeunes chercheurs. Quel est-il ?

J’ai été très surprise, choquée même, de voir à quel point la santé peut être impactée durant le doctorat : 33 % des répondants à mon questionnaire ont ainsi répondu avoir vécu un épisode de dépression, de burn out, déclaré spécifiquement durant le doctorat ! Quand j’ai réalisé le niveau de ce chiffre, je me suis même demandé s’il n’y avait pas un souci. Mais quand j'ai vu ensuite les études à l'étranger, en Belgique par exemple, où une enquête publiée en 2017 dans la revue Research Policy montre que 32 % des doctorants (sur 3 659 répondants) sont à risque de développer des troubles psychiatriques, notamment une dépression, finalement mes chiffres sont cohérents avec la littérature internationale…

Comment lutter contre ces différents types d’abus ?

Même si la loi du silence reste encore forte, il y a de l’espoir, la parole commence à se libérer. Et dans cette perspective, il existe un certain nombre de personnes ressources qui permettent aux jeunes chercheurs subissant des abus de ne pas sombrer entièrement. En premier lieu, il y a les médecins et les psychologues qui se trouvent sur les campus, même si, comme le souligne le récent rapport de l’association Nighlitne, dont la mission est d’apporter un soutien psychologique aux étudiants en difficulté, on manque cruellement de personnels qualifiés pour intervenir auprès des étudiants. Ces personnes ressources sont aussi, souvent, les collègues : des doctorants, des postdoctorants, des titulaires, un co-encadrant de thèse, etc. Pour moi, il était d’ailleurs extrêmement important, au travers de ce livre, de montrer le rôle que ces collègues peuvent avoir dans la gestion de ces situations abusives. Il faut que ces gens, notamment les encadrants et les titulaires, comprennent à quel point ils sont indispensables dans la libération de la parole, dans l'assainissement et dans l'humanisation de la recherche, dans le fait d'obtenir plus d'éthique dans ce milieu aussi. Je crois d’ailleurs que les titulaires qui sont bienveillants – encore une fois, il y en a tellement ! –, doivent aller au-delà de ce rôle de guide intellectuel et de soutien psychologique ; ils doivent arrêter de rester neutres pour protéger leur carrière, leurs financements, leurs collaborations, le réseau dont ils font partie et dont ils dépendent – cette vision du réseau, elle est en train de ronger la recherche – et prendre des risques pour aider les personnes en détresse.

Cela m’amène à vous parler des comités de suivi de thèse, qui sont chargés d’évaluer, dans les entretiens avec les doctorants, les conditions de leur formation et les avancées de leur recherche. Vous insistez à plusieurs reprises, dans le livre, sur le fait qu’il y a quelque chose qui ne va pas dans leur fonctionnement. Où se situe le problème ?

Les comités de suivi de thèse, obligatoires depuis un arrêté de 2016, sont, sur le papier, une excellente idée. Cela concerne principalement l'aspect scientifique : il est très bien que des personnes extérieures donnent des conseils sur le projet, l'aident à le recentrer si besoin, parce que parfois, quand on est la tête dans le guidon, il est difficile de prendre de la hauteur, du recul. C'est sur le versant humain que ces comités peuvent être problématiques. D’abord parce que les membres de ces comités sont le plus souvent choisis par les directeurs de thèse. Or j’ai constaté, au travers de mon questionnaire, que cela pouvait constituer un frein à la libération de la parole : environ 28 % des personnes qui ont ressenti une situation conflictuelle ou une certaine souffrance durant leur doctorat n'ont pas osé en parler dans le cadre de leur comité de suivi de thèse, à cause des rapports de proximité, du manque d’indépendance, qui existaient entre les membres du comité et le ou les encadrants.

Il y a donc un problème d'auto censure. Il peut aussi y avoir un problème d'écoute : il faut que les membres de ces comités entendent ce qu’on leur dit. Les chercheurs sont des grands spécialistes de leur projet de recherche mais pas forcément des personnes formées aux ressources humaines, aux relations humaines tout simplement. Or ce n'est pas parce qu'on est excellent dans son domaine qu'on va être à même d'écouter une détresse ou des problèmes que vont nous rapporter certains doctorants ou certains jeunes chercheurs. Donc là il y a peut-être un problème de formation. On peut aussi se demander si c'est vraiment le rôle d'un chef d'équipe, d'un encadrant de chercheurs d'une autre université, de prendre en considération, en tout cas d'écouter, et d'analyser les problèmes relationnels d'un doctorant avec un autre chercheur.

Que proposez-vous ?

Je pense, encore une fois, que l'intention de départ avec ces comités de suivi de thèse était très bonne. Mais il faut l'améliorer, tout simplement. Il faut passer au comité de suivi de thèse "2.0", où ce comité se concentrera sur l'aspect purement scientifique du suivi de thèse. Pour ce qui est du versant humain, psychologique – en soi, une thèse peut déjà être très complexe, et donc peut avoir un impact psychologique fort, en dehors de tout conflit relationnel, en dehors de toute précarité financière –, il faut le confier à des personnes qui sont formées à la gestion humaine, à la psychologie, qui aient les codes pour pouvoir apporter de l’aide. Cela signifie, pour moi, que ce suivi doit être pris en charge par des professionnels qui soient complètement indépendants de l’encadrement de la thèse.

Il y a un aspect dont on n’a pas encore réellement parlé, c’est l’aspect financier. Votre livre regorge de témoignages de jeunes chercheurs se trouvant dans une situation pécuniaire difficile, et qui sont donc obligés de cumuler un ou plusieurs emplois en plus de leur doctorat pour (sur)vivre. Quelles seraient, selon vous, les solutions pour résoudre cette problématique ou, à tout le moins, pour résorber la précarité à laquelle doivent faire face nombre de jeunes chercheurs ?

Le financement de tous les jeunes chercheurs est à mon sens la première chose à mettre en place. On entend beaucoup de personnes – y compris le président du CNRS – dire qu’il faut reconnaître le doctorat comme une expérience professionnelle. Je suis complètement d'accord ! Et d'ailleurs je me bats pour ça. Les doctorants ne sont pas des étudiants, ils font un travail et ce travail consiste à mener des recherches. Il faudrait donc payer toutes les personnes en doctorat, leur offrir un contrat de travail avec un salaire décent (actuellement, un contrat doctoral conclu avant le 1er septembre 2021 est rémunéré 1 758 euros brut par mois au minimum ; un arrêté publié dans le cadre de la nouvelle loi de programmation de la recherche fixe le minimum pour ceux conclus à compter du 1er septembre 2021 à 1 866 euros brut mensuels ; ce montant sera porté à 1 975 euros brut mensuels pour les contrats conclus à compter du 1er septembre 2022, ndlr). Aujourd’hui, la France compte environ 70 000 doctorants. Or la Confédération des jeunes chercheurs a évalué que moins de trois doctorants sur quatre bénéficient d’un financement pour leur projet doctoral, et un tiers seulement dans les disciplines relevant des Lettres, Sciences Humaines et Sociales. En termes de chiffres, cela veut dire qu’il manque à peu près 15 000 financements doctoraux, ce qui correspond au salaire de 5 000 doctorants pendant trois ans.

Tous les doctorants doivent donc être rémunérés et avoir un contrat de travail. Ils doivent aussi bénéficier de droits sociaux et de conditions de travail décentes, comme le droit à la déconnexion ou à la récupération des heures / jours supplémentaires travaillés.

Le Réseau national de collèges doctoraux a récemment publié le rapport de son enquête sur la formation doctorale en France (lire ci-dessous). L’ancien président du Conseil européen de la recherche, Jean-Pierre Bourguignon, soutenu notamment par les sociétés savantes françaises et européennes, a, lui, lancé un appel à l'organisation d'une conférence internationale sur la situation des jeunes chercheurs. Avez-vous le sentiment que les choses sont en train de bouger dans le bon sens, au niveau institutionnel, concernant les doctorants et les jeunes chercheurs ?

Oui, je pense que cela bouge dans le bon sens. Dernièrement, par exemple, le doyen de la faculté de droit de Lyon 2 vient d'être mis à pied pour des faits supposés de violences sexuelles. De la même manière, la direction de l'Ecole nationale supérieure de Paris a mis à pied son directeur des études de lettres pour des faits supposés de harcèlement sexuel sur des étudiantes. Dans les deux cas, je trouve que c'est un signal fort de leur part. C’est aussi le signal d’une mobilisation grandissante de la part des membres de la communauté de l’enseignement supérieur et de la recherche. Maintenant, si l'on parle de plus en plus des problèmes de harcèlement sexuel, il semble y avoir un vide en ce qui concerne le harcèlement moral, les violences psychologiques, le vol de travaux, l'éthique scientifique...Plus on parlera de ces situations abusives, plus les rapports de force vont s'équilibrer, et plus on pourra tendre vers une recherche qui est vraiment humaniste, qui est vraiment éthique, qui se focalise uniquement sur la vérité scientifique et qui se défait des petits jeux politiques et des pressions pour conserver une certaine image. Donc, pour résumer : oui, cela va dans le bon sens, mais il ne faut pas faiblir parce que ce qu'on acquiert peut être très rapidement défait.

Propos recueillis par Vincent Glavieux

Crédit photo : Clément Bonnier © Flammarion

Encadrement, financement, comités de suivi… Ce que dit la première enquête nationale du Réseau national de collège doctoraux

Hasard du calendrier, quelques jours avant la publication de livre d’Adèle Combes, le réseau national de collèges doctoraux (RNCD) publiait le rapport de sa première enquête nationale sur la formation doctorale en France. Présentation de quelques chiffres issus de cette étude, à titre de comparaison et/ou d’éclairage des données recueillies par Adèle Combes :

Diffusée entre le 1er septembre et le 15 octobre 2021, l’enquête a permis d’obtenir la réponse de 11 545 doctorants inscrits en doctorat en France en 2021, « soit plus de 16% de l’ensemble des doctorants (70 400 doctorants étaient inscrits en doctorat en 2019) » comme le précisent ses auteurs. Un échantillon beaucoup plus large que celui réuni par Adèle Combes : quasiment 10 fois plus important, et uniquement constitué de doctorants.

Dans l’enquête du RNCD, il y a équilibre parfait entre le nombre de répondants de sexe masculin et le nombre de répondants de sexe féminin : 50-50. Un ratio très proche de la réalité, si l’on se fie aux chiffres du Ministère de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation (Mesri), qui recense 51 % d’hommes et 49 % de femmes parmi les personnes inscrites en doctorat. Pour rappel, Adèle Combes a dénombré 63 % de répondants femmes, 36 % de répondants hommes et 1 % de répondants se déclarant non-binaire.

45 % des répondants à l’enquête du RNCD sont dans un cursus « sciences et technologies » et 22 % en « sciences de la vie et de la santé », soit 67 % du total ; 16 % des répondants sont en « sciences de la société, droit, économie et gestion » et 17 % en « humanités, lettres et langues », soit un total de 33 %. Des chiffres bien éloignés de la réalité, si l’on en croit le Mesri : 53 % du nombre total de doctorants en France sont inscrits en sciences exactes, de la vie ou de la santé ; et 47 % en sciences humaines, sociales et de la société. Dans le livre d’Adèle Combes, le ratio est de 50-50 sur ce critère.

67 % des doctorants ayant répondu à l’enquête du RNCD déclarent que leur expérience du doctorat correspond « tout à fait » (20 %) ou « plutôt » (47 %) aux attentes et à la vision qu’ils en avaient avant de commencer. A l’inverse, 11 % ont exprimé leur déception : 8 % ont répondu « plutôt non » à cette même question, et 3 % « pas du tout ». 22 % des répondants ne se sont pas prononcés.

Le livre d’Adèle Combes pointe la situation financière difficile dans laquelle se retrouvent certains doctorants. Le rapport du RNCD, qui a interrogé les jeunes chercheurs sur ce point, signale la grande disparité des situations de financement selon les grands domaines de recherche : si plus de neuf doctorants sur dix doctorants bénéficient d’un financement dédié à la préparation de leur thèse (contrat de travail ou bourse) en sciences et technologies (97 %) et en sciences de la vie et de la santé (92 %), la proportion chute à 62 % pour les doctorants en sciences de la société, droit, économie et gestion et même sous la barre des 50 % (48 %) en humanités, lettres et langues.

« 62 % des doctorants bénéficiant d’un financement dédié […] estiment que ce financement est suffisant, mais 29% sont parfois en situation difficile et 6% d’entre eux se retrouvent régulièrement en situation difficile », précise le RNCD. C’est notamment le cas pour certains doctorants étrangers : « Les bourses sont généralement fixées dans la monnaie du pays d’origine et, sur une durée de 3 ans, parfois 4 ans, les fluctuations monétaires peuvent mettre ces doctorants en difficulté », détaille le rapport. Qui suggère : « Un mécanisme d’assurance contre ces fluctuations pourrait être bienvenu. »

Pour ceux préparant leur thèse sans financement dédié, la situation financière s’apprécie bien différemment selon que l’on possède une activité principale antérieure à l’entrée en doctorat (professeur du secondaire, médecin, etc.) (88 % des personnes de cette catégorie estiment leur rémunération suffisante), que l’on compte sur des vacations et/ou des revenus irréguliers (la proportion tombe alors à 44 %), ou que l’on fasse appel à des ressources personnelles ou familiales (43 %).

78 % des doctorants ayant répondu à l’enquête du RNCD se déclarent assez satisfaits (30 %) ou très satisfaits (48 %) de leur encadrement doctoral. A l’inverse, 11 % en sont mécontents : 7 % se montrent assez insatisfaits et 4 %, très insatisfaits. Les 11 % restants ne se prononcent pas.

Comme le relève le RNCD, ce niveau d’appréciation de l’encadrement doctoral est fonction de l’année de doctorat : plus on avance dans le temps, moins celui-ci est élevé : « Si 86 % [des doctorants] se déclarent satisfaits ou très satisfaits de leurs encadrants en 1re année de doctorat, ils ne sont plus que 76 % en 3e année et environ 70 % entre la 4e et la 6e année de doctorat. Corrélativement, le taux d’insatisfaction augmente. Il passe de 4 % en 1re année à 13 % en 3e année et atteint 18 % en 6e année. » Globalement, néanmoins, cette expérience reste très positive.

Les raisons du mécontentement, elles, peuvent être liées à « une impression de ne pas assez développer [ses] connaissances et compétences (11 % des répondants) ou de ne pas être suffisamment en responsabilité (5 %) ». « Des causes qui peuvent se retrouver dans tous les milieux professionnels », relèvent les auteurs du rapport, qui identifient aussi « quelques facteurs de difficultés plus structurels ou plus spécifiques au doctorat ». Parmi eux, le co-encadrement : « Celui-ci est très apprécié des doctorants, soulignent-ils, mais sous réserve que l’équipe d’encadrement s’entende et se coordonne bien. Cela invite les directeurs de thèse et les comités de suivi, en cas de co-encadrement, à être attentifs à la bonne coordination et à l’entente de l’équipe d’encadrement. »

Interrogés sur les comités de suivi de thèse, qui font aussi partie des enjeux relevés par Adèle Combes dans le cadre de son livre, les répondants à l’enquête du RNCD qui en ont déjà eu l’expérience s’en déclarent satisfaits pour 82 % d’entre eux (6 % d’insatisfaits, 12 % d’avis neutres). Un niveau d’appréciation qui connaît des variations notables selon que les doctorants ont eu un droit de regard sur la composition de leur comité ou non : 89 % de ceux ayant eu leur mot à dire se déclarent ainsi satisfaits (8 % se déclarent neutres et 3 % insatisfaits), contre 68 % chez les doctorants qui n’en n’ont pas eu l’opportunité ; le taux d’insatisfaits passe alors à 13 % et celui des avis neutres à 19 %. Ce qui fait dire au RNCD que le droit de regard est « une disposition jugée très favorablement par les doctorants ».

Le RNCD relève par ailleurs une certaine déception des doctorants concernant la mission des comités de suivi qu’ils jugent la plus importante (avant même l’évaluation de l’avancement des recherches) : identifier des situations de dysfonctionnement et, le cas échant, alerter. Un hiatus contre lequel le RNCD recommande lui aussi de lutter, en « [fournissant] un guide (…) de suivi aux membres du comité pour qu’il ne se concentre pas uniquement sur les travaux de recherche et réponde à la totalité des attentes des doctorants ».

V. G.

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