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Au centre de détention de Châteaudun : réinsérer pour "éviter le détenu, seul sur le parking, après dix ans de prison"

Au centre de détention de Châteaudun : réinsérer pour "éviter le détenu, seul sur le parking, après dix ans de prison"

Le centre éducatif fermé de Dreux sur le chemin d'une rouverture en 2022

C’est la fin de la matinée à Châteaudun et la conseillère pénitentiaire d’insertion et de probation (CPIP) assure la permanence pour les nouveaux arrivants. Elle doit rencontrer deux détenus, transférés l’avant-veille. « S’ils ont passé la visite médicale. Dans le milieu carcéral, il faut se coordonner avec les autres services », prévient la conseillère. Valise à roulettes débordant de dossiers, talkie-walkie dans la poche, Claire Stéfani s’installe dans une petite salle aux murs lilas, du bâtiment D. Le premier détenu vient de la maison d’arrêt de Tours (Indre-et-Loire).

Un premier entretien pour connaître le détenu

« On ne se connaît pas encore, mais c’est essentiel au travail de fond », souligne la CPIP. Parcours carcéral, casier judiciaire, enquête sociale, situation professionnelle hors détention, en quelques dizaines de minutes, Claire Stéfani épluche le dossier du détenu et se retrouve vite confrontée à une première difficulté : la carte de séjour de l’homme, âgé de 29 ans, est périmée. « Un obstacle pour toutes les autres démarches, comme la demande d’aménagement de peine qu’il veut formuler », constate la conseillère, qui assure au détenu qu’elle suivra la procédure.

Au centre de détention de Châteaudun, Claire Stéfani assure parfois la permanence du SPIP pour les nouveaux arrivants.

Cette première rencontre avec les détenus, à leur arrivée à Châteaudun, est le point de départ d’un accompagnement par l’un des quinze CPIP du centre de détention. D’un conseiller à l’autre, chacun a sa méthode. « J’essaie de les voir tous les mois et demi », explique Claire Stéfani :

« On travaille sur leur sortie à l’horizon de deux ou trois ans. Pas plus longtemps. Et sur des périodes plus courtes, nous n’avons pas le temps de travailler le lien avec le détenu. »

Claire Stefani (conseillère pénitentiaire d'insertion et de probation au centre de détention de Châteaudun)

L’humain dans le cadre

Pour cette juriste, d’abord passée par un cabinet de recrutement, c’est « à la fois le côté humain de la réinsertion et le cadre de la peine » qui l’ont attirée vers le métier de conseillère pénitentiaire d’insertion et de probation.

« Notre travail, c’est la lutte contre la récidive. Cela passe par un projet de réinsertion. On veut absolument éviter le détenu, seul avec sa valise sur le parking, après dix ans de prison, parce qu’on sait qu’il aura deux chances sur trois de récidiver. »

Claire Stefani (conseillère pénitentiaire d'insertion et de probation au centre de détention de Châteaudun)

La conseillère travaille avec le détenu sur le sens de la sanction et son éventuel aménagement, en lien avec le juge d’application des peines. Elle actionne tous les leviers pour lui permettre de tirer parti de cette incarcération : « On cherche à comprendre son parcours de vie, à quel moment il est sorti du cadre. Le but est d’individualiser le parcours du détenu et l’exécution de la peine. »

Prison ferme pour un détenu de la prison de Châteaudun qui a frappé et menacé une surveillante

Avant de conclure son entretien d’une demi-heure avec le détenu de Tours, Claire Stéfani lui propose d’appeler sa compagne « pour la tenir au courant ». Elle confie ensuite : « D’abord, ça humanise ma fonction et puis ça me permet de savoir si elle peut être un appui pour lui. »

Une nouvelle dynamique avec les détenus violents

Claire Stéfani suit 45 prisonniers, dont les 11 de l’unité pour détenus violents (UDV). Cet après-midi-là, elle s’entretient avec Bruno, l’un des intervenants en UDV, avant qu’il n’anime ses ateliers individuels d’expression artistique. L’ouverture de l’unité, en juin 2019, a insufflé « une nouvelle dynamique » au travail de CPIP de Claire Stéfani : « L’UDV m’a ouvert un champ d’action plus large et apporté une pluridisciplinarité. »

Claire Stéfani, dans son bureau, reçoit Bruno, intervenant en dessin.

Car le Spip ne s’occupe pas que de la réinsertion des détenus, mais aussi de leur accès au droit, à la culture, à la vie citoyenne lors d’élections ou encore des partenariats avec des intervenants extérieurs.

En ce qui concerne les détenus en UDV, les conseillers du Spip sont en charge du planning des ateliers hebdomadaires : gestion des émotions, gestion du stress, médiation animale et expression artistique. Avec un seul regret pour la CPIP : « Quand les détenus sortent de l’UDV, on ne sait pas où ils vont et eux non plus. »

En immersion dans le quartier arrivants du centre pénitentiaire d'Orléans-Saran

De l'art pour les détenus violents

Ce jour-là, A., dix ans de détention, participe à l’atelier de Bruno. « C’est le mitard qui m’a fait dessiner », affirme l’homme, dont le coup de crayon stupéfie Bruno. L’intervenant le guide hors de sa zone de confort artistique. « C’est limite de la thérapie ton truc », lance A., amusé. « C’est complètement de la thérapie », renchérit Bruno. Hors cellule, il précise : « C’est l’occasion d’échanges. On travaille sur leur personnalité, leurs pensées. » Chaque séance est rapportée, par écrit, à Claire Stéfani, par chacun des intervenants.

Bruno, intervenant en unité pour détenus violents, partage un moment de dessin avec A.

Une grande partie du travail de la CPIP consiste à rédiger des rapports sur chaque détenu qu’elle suit : « Nous sommes en lien avec le juge d’application des peines, qui s’appuie sur nos écrits pour rendre ses décisions. » Un lien essentiel entre la détention et la vie d’après.

Onze places pour les détenus violents.

Ouverte en juin 2019 au centre de détention de Châteaudun, l’unité pour détenus violents (UDV) est la seule de la région Centre-Val de Loire et l’une des plus grandes de France. Elle compte onze places, réservées aux détenus qui ont déjà commis un acte violent en détention ou qui présentent un risque de violence. Le placement en UDV dure six mois minimum et ne doit pas dépasser neuf mois. Ce séjour en quasi-isolement doit amener un temps d’introspection au détenu, pour lui permettre d’enclencher un changement de comportement. Pour l’accompagner, le Service pénitentiaire d’insertion et de probation (Spip) organise des entretiens très réguliers avec le détenu, qui bénéficie également d’ateliers hebdomadaires pour gérer le stress et les émotions, par le biais, notamment, de l’art ou de la médiation animale. Vingt-deux détenus sont déjà passés par l’UDV de Châteaudun depuis son ouverture.

Une unité pour détenus violents va ouvrir au centre de détention de Châteaudun

Marion Bérard marion.berard@centrefrance.com

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